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ENVIE D'ERRANCE

Bonjour à tous
Aujourd'hui nous sommes le 16/11/2018 20:00:50.

Durant janvier 2017 nous effectuons notre première sortie avec un camion complètement prêt. Les derniers ajouts étant les deux réservoirs de 300 litres chacun. Nous allons pouvoir tester l’ attelage, sa fonctionnalité, les divers choix et notre façon d’ aborder cette nouvelle et originale façon de vivre. Pour pimenter la chose, les conditions climatiques exceptionnellement froides courront durant tout notre séjour, rendant les rencontres très difficiles. Alors
"VAMOS EN ESPANA".

La première étape nous amène chez nos amis Marie Lo et Peïo, au bord de l’Adour près de Bayonne. Entre deux, trois ou quatre repas arrosés et animés, nous mettons au point notre périple. Les bons conseils, l’expérience de nos hôtes nous permettent d’ établir un parcours qui louvoiera entre Pampelune en Navarre et Sarragosse en Aragon. Pas de grandes villes au programme mais plutôt de petits villages typiques, c' est ainsi que nous le voyons. Ce n’est pas tout à fait ce que nous trouverons. Avant de passer la frontière, une petite halte s’impose à Dancharria. Nous ne faisons pas le plein pour autant. Le réservoir principal est bien rempli.

A peine quitté ce « no man’s land » il faut grimper un col à 600 m. Rien de bien extraordinaire mais cette première montée précède une descente que j’attends avec impatience. En effet, lors de l’achat du camion, le ralentisseur était bloqué. Les petites promenades effectuées dans les Pyrénées m’ont occasionnées quelques sueurs froides. Obligé de solliciter les freins un peu trop fréquemment, je craignais qu’ils ne lâchent à un moment ou à un autre. Maintenant le problème est réglé et la descente se passe pour le mieux. Objectif de la journée le désert.

Situé au sud-est de la Navarre le désert des "Bardenas Reales" est une vaste zone de 42 000 ha entre Tudela et Carcastillo. Nous l’abordons par le sud-ouest. Faisant confiance à Julie, la blonde du GPS, nous arrivons en bout de piste sur un parking désert, proche d’un restaurant fermé. Ce n’est pas la faute à Julie, elle nous a menés là où je lui avais indiqué, ce sera pratiquement la seule fois. proche du désert des bardenas De là où nous sommes, rien ne laisse entrevoir les fameuses formations rocheuses. Il est tôt dans la journée et nous décidons de contourner le désert en faisant une boucle par le nord. Cette immensité désertique, le plus grand désert de la péninsule ibérique, est un lieu de randonnée très prisé. Il est aussi possible de le visiter en véhicule. Dans tous les cas, le soir venu, tout le monde est prié de sortir de la zone. L’ une des entrées s’appelle « el passo » évidemment. Nous y arrivons en milieu d’après midi et c’est bien trop tard pour commencer la visite. Le temps n’est pas très chaud, nous ne sommes pas assez proche pour apercevoir quoi que ce soit. Nous continuons notre route vers « mallos de Riglos », promettant d’y revenir plus longtemps en février. Déjà nous commençons à précipiter nos visites.

Encore un peu de route et le jour commence à tomber. Nous venons de passer « Uncastillo » nous engageons sur une piste pour la nuit. Une de ces pistes que nous rencontrerons tout au long du périple, large, longue, en bon état. Le gros est à l’aise dans ce milieu et même Julie sait où nous sommes et nous précise même que nous dormirons à 900 mètres d’altitude. Quatre kilomètres plus loin, un emplacement un peu à l’écart attire notre attention, nous nous y calons. piste uncastillo Cette première nuit se passe bien, au calme sous un ciel étoilé, par cinq degrés en dessous de zéro. Merci le petit chauffage au gas-oil qui fonctionnera bien cette nuit là et ce sera la seule fois. Le lendemain, après un réveil en douceur, nous repartons sur cette piste, confiant notre destin à Julie qui semble sûre d’elle. Et bien oui, elle nous sort de là. S’en suit une route courant sur la ligne de crête. De là nous admirons déjà les magnifiques falaises de « mallos de Riglos » qui barrent l’horizon à vingt kilomètres à vol d’oiseau. Nous attaquons une descente d’une dizaine de pourcents, de quoi solliciter une nouvelle fois le ralentisseur, tout va bien. Il faut juste que je me force à diminuer ma vitesse en descente, prendre mon temps et tant pis si derrière ça s’impatiente. Les mallos se rapprochent.

Il fait beau, le vent augmente encore, tout va bien. Un grand parking vide s’offre à nous.  les millos (falaises) Nous partons à la découverte du village entièrement dédié au tourisme, mais de touristes il n’y a point, pas plus que d’espagnols d’ailleurs. Nous en déduisons que les gens d’ici sont comme ceux de chez nous. Quand il fait froid, chacun reste chez soi. A leur décharge, c’est l’heure de déjeuner, en effet quinze heures viennent de sonner. Nous cherchons les itinéraires de randonnée. Un panneau nous indique les différentes voies faisant le tour des formations géologiques, le vent force encore, les vautours tournent tout là haut. A l’ unanimité il est décidé de continuer notre route mais là aussi, nous reviendrons. Bien au chaud dans le ventre du gros, nous repartons plein sud, peut-être fera t-il moins froid là bas, dans la comarque de « Monegros ». A toi Julie, au boulot.

La comarque est, dans plusieurs pays de culture ibérique et occitane, une division territoriale, culturelle, économique ou administrative. Ici se trouve le petit village de « Monegrillo » et son refuge perdu sur le chemin des « miradores ». C’est là que nous devions passer la nuit si Julie l’avait voulu. Nous ne comprenons que trop tard son intention de rallonger vers l’est. Ce manque de vigilance nous fait entrer dans la nuit loin de notre objectif. Si loin que nous nous trouvons proche d’une destination prévue pour le surlendemain. La « cabanes de pescadores » au bord de l’ Ebre.  cabane des pêcheurs C’est là que nous passerons les deux nuits suivantes, le temps de faire une ballade et surtout le point sur notre manière de voyager.

Entre « Caspe » et « Mequinenza » à l’est, plusieurs barrages perturbent le cours de l’Ebre, le plus long fleuve d’Espagne, symbole des ultimes et plus violents combats lors de la guerre d’Espagne entre les forces républicaines et les insurgés nationalistes.

Au bout de l’un des bras de cette immense retenue d’eau, une cabane trône dans le calme le plus complet. Ce refuge des pêcheurs appartient à une association bien structurée qui organise des compétitions de pêche, les structures en place en témoignent. C' est là que je fêterai mes 32 ans. Cela fait 27 ans que le compteur est bloqué.  anniversaire Comme est étonnant ce calme et la beauté des lieux alors qu’un peu plus loin, un peu plus haut, disséminés au milieu d’une steppe aride et caillouteuse, d’innombrables bâtiments d’élevages de porcs larguent dans les airs une puanteur omniprésente. Une steppe où le blé veut bien pousser au milieu des pierres, irrigué par cette retenue d’eau sur le fleuve. Si bien que, parfois en plein été, l’eau n’arrive plus à la mer.

Nous passons deux jours dans cet îlot, faisons de petites randonnées au milieu du thym, du fenouil et du romarin. Elles mériteront d’être poussées plus loin lors de notre prochain passage. Ces premiers jours à courir après des point d’intérêts fournis par nos amis, nous font réfléchir. Nous venons de faire 400 kilomètres en deux jours sans rien mettre à profit. Il faut absolument réorienter notre façon de voyager. A partir de maintenant plus d’objectif lointain. Nous chercherons un point de chute, pratiquement au hasard dans un périmètre de 50 à 100 kilomètres. Sur la carte papier nous localisons les zones verdoyantes, signes d’activité humaine limitée et de jolis paysages. En tout premier, direction le « refugio de monegrillo » et je serai vigilant quant aux initiatives de Julie.

La route d’abord correcte, se rétrécit progressivement et devient chaotique, très chaotique. Nous avons pratiqué des pistes plus confortables. Après 10 kilomètres de ce traitement, un panneau de signalisation nous indique qu’à partir de là, notre route devient cabossée. Ah bon, jusque là c’était normal. Effectivement c’est pire et nous arrivons sur « Monegrillo » avec soulagement. Comme tous les petits villages d’agriculteurs de la région, il n’a pas beaucoup de cachet. Nous l’abandonnons pour prendre la piste vers le refuge. Ah ! Patrick, je suis bien content de ces deux réservoirs que tu as greffé sur le gros. J’ai une autonomie de 3 000 kilomètres avec les pleins faits. Ce petit souci de jauge au départ n’est qu’un léger détail sans importance. La jauge est à zéro mais je sais que j’ai encore une centaine de litres en réserve. Nous sommes dimanche et attaquons la grimpette. Dois je faire un dessin ? La jauge fonctionne bien, trop bien. Nous sommes dans les premiers lacets, cela ne grimpe pas encore et le moteur cale. Heureusement il reste quelques litres de gas-oil dans l’autre réservoir. Je bascule les vannes, réamorce (la pompe électrique est bien pratique) et le moteur repart. Nous revenons vers « Monegrillo » et stationnons tout prés du terrain de football.  camion a côté du terrain de foot C’ est dimanche, donc le plein se fera demain si une station existe dans ce coin très reculé. En nous promenant dans le village nous apercevons ce lieu béni à la sortie opposée. L’espagnol du coin est invisible, calfeutré derrière les hauts murs de sa maison.

Lundi matin, je démarre le moteur pour qu’il chauffe un peu. Nous rangeons le bazar dans la cellule et partons. Un coup d’accélérateur et le moteur cale. C’est à pied, une jerrican à la main, que nous allons chercher le précieux liquide. Un agriculteur égaré nous ramène au camion, je verse la jerrican et nous partons faire le plein. Moralité de l’ histoire : Ne pas s’ aventurer sur les pistes sans être sûr d’avoir suffisamment de carburant, surtout en week-end. C’ était la leçon du jour. En montant vers le refuge nous prenons conscience de la chance d’ être tombé en panne au tout début.  reliefmonegrillo La piste et longue, magnifique dans ce canyon digne d’un western spaghetti. Elle se termine en apothéose par une épingle à cheveux sur une pente que nous ne pouvons aborder qu’ en première et cette vitesse sur le camion c’est quelque chose. Enfin le cabanon pointe son nez et nous nous installons avec la vague impression d’ avoir mérité la vue grandiose qui s’ offre à nous.

Sont ce des busards saint martin, des aigles royaux ou des vautours fauves qui tournent autour de nous? J’avoue ne pas être expert en la matière.  refuge monegrillo Je sais juste que ces trois rapaces peuplent la région de « los monegros ». Voir cette douzaine de voiliers, sans effort s’élever vers le ciel est un spectacle magnifique, presque magique. Nous randonnons sur une large piste où le camion aurait pu s’aventurer.  payages monegrillo De toute façon, vu le relief, il est impossible d’en sortir. Beaucoup de panneaux appellent à la prudence. Il est sûr qu’ un accident ici ferait sans aucun doute l ‘affaire de ces magnifiques oiseaux qui nous accueillaient tout à l’ heure. Une nuit sur place et nous reprenons la route vers la « sierra de luna ».

---Sierra de Luna, arrivée dans 1 heure 45 minutes.
Merci Julie continue comme ça.
---A 100 mètres tournez à droite.
Ah ! Non Julie c’ est plus long par là, on préfère aller tout droit. Tu ne vas pas nous avoir ce coup ci.
---Nous recalculons votre itinéraire.
---Sierra de Luna, arrivée dans 12 heures 20 minutes.
Et voilà Julie qui nous fait son petit caca nerveux, elle nous fait passer par Madrid. J’ efface l’itinéraire et entre à nouveau le point d’ arrivée.
---Nous recalculons votre itinéraire.
---Sierra de Luna, arrivée dans 13 heures et 35 minutes.
Non seulement nous passons par Madrid mais madame à rajouté Burgos. Au revoir Julie, nous finirons sans toi. Une fois passé le village de « Sierra de Luna », nous grimpons sur les hauteurs à la recherche d’une petite piste. Là où nous nous installons, nous pouvons admirer les Pyrénées.  vue sur les Pyrénées Plus en avant toujours cette steppe, ces cabanes à cochon. Toujours cette odeur aussi.

La nuit sera agitée par un vent glacial secouant les huit tonnes de ferraille. Le chauffage restera allumer.  camion prés d'une ruine A part ce premier bivouac au dessus des Bardenas, nous n’ avons pas eu à le faire fonctionner la nuit. Autour de zéro degrés extérieur, la température interne est acceptable pour dormir. Son réglage est anormalement difficile. Je suis obligé de réguler le débit par un bricolage maison. Le robinet débite trop et je ne trouve pas la raison. La flamme est orange, synonyme de mauvaise combustion et le foyer s’ encrasse. A force de bidouiller j’ arrive à ajuster le réglage et nous passons une bonne nuit quand même. Le lendemain nous partons pour une randonnée vers une cascade spectaculaire que nous ne trouverons jamais. Un panneau d’indication au début, un unique chemin à suivre et, au bout, une cabane toute simple. C’ est pas grave, emmitouflés dans nos vestes bien chaudes nous rentrons au camion.

Le lendemain commençe notre remontée vers les Pyrénées. Direction « Sos Del Rey Catolico ». Julie a une dernière chance de se rattraper qu' elle ne saisira pas. Heureusement que mon copilote est efficace. Après être montés à 1000 mètres d’altitude nous basculons sur ce village, perdu au milieu des éoliennes. Niché sur une butte, il n’ explose pas à nos yeux.  village sos del rey catolico Il faut s’ aventurer à l’ intérieur pour admirer l’ ensemble. Tel quel il pourrait accueillir un film du temps de la grande Espagne. De hauts bâtiments en pierre, des ruelles ‘coupe gorge’, un vent qui s’ engouffre la dedans et nous congèle sur place. Beaucoup de restaurants dans ces passages étroits, presque tous fermés et deux individus pour oser se promener là. Nous ne traînons pas. Encore un endroit où nous reviendrons user nos chaussures.

Cela fait neufs jours que nous sommes partis. Le temps ne nous incite pas à rester plus longtemps. Nous décidons de revenir en France. Passage par Dancharria, le plein s’il vous plaît et nous allons nous blottir à l’ abri du vent dans un chemin côté français. Quel plaisir d’ écouter et de comprendre ce que dit la radio. culture de blé paysage Les conditions météorologiques n’ ont pas été en notre faveur et ne nous ont pas permis de rencontrer quelques personnes afin de mieux comprendre leur vie dans des régions si ingrates. J’ aurais aimé savoir comment ils arrivaient à travailler la terre, à cultiver dans les cailloux. Cette balade est une bonne expérience. Dans l’ ensemble le choix des aménagements est validé. C’ est ce que l’ on cherchait et le confort est idéal. La jauge fonctionne bien merci. Le disfonctionnement du poêle était dû aux vibrations qui permettait à une vis de réglage de se desserrer. Le problème est réglé, tout comme le sort de Julie d’ ailleurs. Notre nouvelle collaboratrice est silencieuse, c’ est déjà ça. Nous la verrons à l’ œuvre bientôt lors du prochain périple qui s’ annonce plus long. Mais ça c’ est une autre histoire...

 tranchée
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