menu voyage

ENVIE D'ERRANCE

Bonjour à tous
Aujourd'hui nous sommes le 24/09/2018 21:51:49.

Pour notre seconde intrusion en Espagne, nous sommes particulièrement vigilant à ne pas rouler pour le plaisir, même si nous allons parfois déroger à cette règle. Passage obligé par Dancharria. Un gas-oil à 1,1 euro contre 1,25 euros en France, cela ne se refuse pas. Pourtant nous trouverons moins cher en cours de route. Le ventre plein, en fin de matinée, le gros s’ébroue et grimpe comme un jeune le col d’ Otsondo. A peine chaud lors de la bascule nous lui proposons de s’arrêter sur une aire de pique-nique très bien aménagée. L’ endroit calme, de toute beauté, nous accueille pour la nuit. Mais avant de s’ enfermer dans le cocon, une petite marche s’ impose. Un panneau nous propose de grimper admirer des monolithes bien haut perchés. Nous ne verrons pas les pierres dressées, nos mollets demandant grâce. Le lendemain matin départ pour les ‘Bardenas’. Lors de notre dernier passage, nous n’avons pas trouvé l’ entrée, le fameux ‘el passo’.

Ce coup ci ‘el passo’ est clairement repéré sur le gps et notre nouvelle assistante de navigation ne faillit pas. D’ ailleurs nous n’ aurons pas à nous plaindre de ses initiatives. Nous l’ appellerons Claire avec le slogan suivant «avec Claire tout est clair». Çà vaut ce que ça vaut mais c’ est aussi acceptable que "mangez des pommes" pour un certain président ou "en marche" pour un jeune loup etc... J’ en étais où? ‘El passo’ c’est vrai.

Cette porte d’entrée nord nous permet de traverser la zone de part en part. C’ est un décor assez étrange, lunaire par endroits. L’ appareil photographique n’ est pas précis, toutefois il est possible de distinguer un relief fait de couches alternées de marne, grès et argile. Le grès, solide a résisté à l’ érosion alors que les autres composants étaient dispersés sur le plateau. Les plaques de grès, plus soutenues, ont fini par s’affaisser en des formes spectaculaires. On ressent la fragilité et l’ instabilité de ce support. Pourtant les agriculteurs profitent de ces terres riches, au risque de voir une partie de leur récolte disparaître. Parler de fortes précipitations, comme cela a été le cas quelques jours avant notre passage, ne signifie pas humidité suffisante pour les cultures. En dehors de ces périodes pluvieuses et de plus en plus rares, ici c’est un désert.

bardenas
bardenas
bardenas
bardenas
bardenas
bardenas
bardenas
bardenas
bardenas
bardenas
D’ ailleurs nous constaterons pratiquement à chaque escale, que l’ eau manque de plus en plus. L’ Espagne a du souci à se faire et nous ne devons pas nous sentir à l’ abri du problème. Il arrive à grand pas. Observez les retenues collinaires dans nos campagnes, elles sont loin d' être pleines. Le parc naturel est interdit la nuit. Nous sortons et allons installer notre maison à Arguedas.

Cette petite ville se blottit dans le creux d’un des remparts des Bardenas. Un creux, en effet car la première implantation humaine s’ est faite dans des habitations troglodytes. Quelques unes ont été un peu restaurées pour témoigner de la vie d’ alors. L’ érosion ici aussi fait son petit effet. Doucement, inexorablement elle s’infiltre et détruit l’ une après l’ autre ces cavernes creusées dans une pierre trop tendre. La nuit sur le parking se fera en compagnie de plusieurs autres voyageurs, dans une odeur permanente de lisier de cochon. Excusez si j’ ai cassé le charme mais c’est aussi la réalité de l’ Espagne. Le beau cohabite souvent avec le laid. C’est juste un constat.

arguedas
arguedas
arguedas
arguedas
arguedas
arguedas
arguedas
arguedas
arguedas
arguedas
Je ne m’ aventurerai pas à faire une quelconque critique de ce que mes yeux pourront voir car justement ils ne feront que voir la façade des choses et pas les raisons qui sont derrière. Si des témoignages viennent étayer mes dires, je ne manquerai pas d’ en faire part. Ce n’ est pas le cas pour le moment. En tout cas cette odeur secoue nos glandes olfactives. Nous repartons vers le sud à la recherche d’un peu plus de chaleur, sans nous défaire des cochons pour autant.

Cent cinquante kilomètres de culture de blés parfois irrigués (en février) et d’élevages de cochons bien sûr. Puis d’un seul coup, la route s’ élève et nous passons rapidement de 400 à 1200mètres. La végétation rare jusque là, devient omniprésente. Ces forêts de résineux, de romarin, thym et parfois lavande font penser au pourtour méditerranéen, le relief en plus. Sur la carte, un village retient notre attention. ‘Aranda de Moncayo’ est un petit bourg perché à haute altitude. Un barrage avec un lac nous tend les bras à la sortie. La bascule faite à 1200 mètres, le paysage change et devient rapidement moins agréable. Il faudra nous habituer à ces changements rapides que ce soit en relief ou végétation. Sur 5 kilomètres tout peut être différent. Le village dressé sur un piton rocheux n’ offre aucune possibilité de s’ arrêter pour visiter un peu. Nous descendons au barrage, cent mètres en contre-bas. Ces retenues d’ eau en altitude sont encore plus sensibles au déficit hydrique. Deux petits torrents alimentent celle-ci. Il manque dix mètres d’eau. Le lieu est abandonné. Les vestiges de campings, d’ installations diverses, un beau yacht d’ une douzaine de mètres planté dans le sol, témoignent d’ un passé plus dynamique. Seuls quelques pêcheurs arpentent les plages de roche.

Aranda de Moncayo
Aranda de Moncayo
Aranda de Moncayo
Aranda de Moncayo
Aranda de Moncayo
Une ancienne île est dorénavant accessible et les voitures des pêcheurs sont au raz des flots. Nous ferons le tour du lac par un chemin de grande randonnée mal balisé. Résultat, quelques tours et détours et trois heures trente plus tard nous sommes de retour au camion. La nuit se passera dans le calme le plus complet. Hormis sur les pistes des ‘Bardenas’, pour l’ instant nous n’ avons pu prendre contact avec les gens du cru. Notre niveau en espagnol est vraiment insuffisant. Personnellement j’ai l’ impression de connaître pas mal de mots et de constructions de phrases mais jamais la bonne quand j’ essaie de m’ exprimer. C’ est dimanche et ce jour n’ est pas que celui du seigneur. C’ est aussi le moment que choisissent les appareils du bord pour tomber en panne, il faudra s’ y faire.

En fait c’ est la veille au soir que les batteries moteur ont rendu l’ âme. Depuis deux jours elles présentaient des signes de fin de vie mais je n’ en étais pas sûr, impliquant les faiblesses de démarrage à des appareils qui étaient restés branchés. A toute chose malheur est bon, j’ ai ainsi pu tester mon système de commutation. J’ en vois qui ouvrent de grands yeux. Vous n’ avez pas lu les explications sur la page « électricité » c’ est ici si vous souhaitez rattraper cette immense lacune. Cela fonctionne très bien. Les batteries de la cellule seront sollicitées à quatre reprises jusqu’ à notre arrivée à ‘Calatayud’ seule ville d’ importance susceptible d’ abriter ces grosses batteries de 180 ampères chacune. Échange fait, nous reprenons la route. A l’ entrée du tout petit village de Codos, une aire de pique-nique nous fait de l’ œil.

Codos
Codos
Codos
Codos
Codos
Au premier abord, elle ressemble à un cimetière. Murets et tables en béton font penser à des tombes bien alignées. Nous y trouvons le calme et une source d’ une eau pure, le secteur étant miraculeusement exempt d’ élevages de cochon. Quelques moutons règnent sur ces parois abruptes. Le camion en sait quelque chose, cela chauffait sous le capot et dans les tambours de frein. Ce devait être une journée de repos mais une simple petite promenade a dégénéré en séance de cardio. Nous devions rejoindre un chemin de randonnée, un G.R s’il vous plaît. Un G.R que Claire nous indiquait très 'clairement'!!! Mais de G.R il n’y eut point et l’ascension droit dans la pente à travers la végétation s’ est terminée sur un sommet 400 mètres au dessus du camion. La prochaine marche se fera avec une carte et un point de départ précis. Ce jour là nous pestons après ces chemins mal entretenus, le lendemain sera pire et sur route goudronnée ce coup ci.

Les 170 kilomètres que nous avalons ne sont pas prévus au programme, mettant à mal notre règle de déplacement. De ‘Codos’ perdu dans sa tranquillité, nous rejoignons ‘Carinena’ beaucoup plus bas. Les tambours de frein très sollicités sont bien secondés par le ralentisseur. Après ‘Carinena’ c’ est un mix entre le « salaire de la peur » et « mad max » bon j’ exagère un peu. Imaginez 70 km de route bosselée minable, pire qu’ une piste, qui ne nous donne à aucun moment l’ occasion de trouver un coin sympathique. Des champs de blé, des élevages de cochons (je sais, je suis lourd avec ça), des éoliennes et des parcs de panneaux solaires, voilà le seul spectacle qui s’ offre à nos yeux. Enfin ‘Caspe’ pointe son nez après une descente abrupte. Nos amis nous ont tant parlé de cette ville que nous sommes impatients de la visiter. Rapidement nous nous apercevons qu’ il ne sera pas facile de trouver un endroit agréable pour passer la nuit. Claire nous trouve une place sur le parking de la gare. Après la journée passée, nous aurions préféré quelque chose de plus confortable. ‘Caspe’possède un style particulier avec une grosse influence mauresque dans les constructions et dans la population aussi. Une ville propre comme beaucoup de lieux que nous avons visité jusque là. Mais c’ est une grande ville et ce n’ est pas notre terrain de jeu préféré. Nous plions bagage et filons en périphérie pour passer la nuit. Nos craintes se confirment vite. Aucun endroit n’ est assez agréable pour que nous nous y installions. Très vite après ‘Caspe’ le paysage change, la route s’ élève, cap vers ‘Alcaniz’ au sud-est. Nous laissons quelques pistes qui pourraient nous accueillir et arrivons après ‘Calanda’ au bord de l’ étendue d’ eau d’ un barrage voisin. Nous nous installons là, avec la ferme intention de rester en ce lieu paisible pour 48 heures au moins. Nous nous y tiendrons. Repos, promenade, lessive, écriture (faut bien que je m’ occupe du site) et contemplation du paysage alentour. C’ est surprenant cette Espagne. Quelques minutes avant nous roulions dans un décor d’ apocalypse et maintenant des falaises vertigineuses bloquent notre champ de vision de toute part. Là haut des rapaces font une ronde pour nous accueillir sans doute. Sur l’ eau d’ autres oiseaux font un festin. Les murs sont d’ un tel aplomb qu’ aucune randonnée n’ est possible, aucune piste n’ existe, le téléphone portable ne capte rien. Dans deux jours nous nous déplacerons de 20 petits kilomètres pour jeter l’ encre dans un petit village sublime.

Calanda
Calanda
Calanda
Calanda
Calanda

Le camion navigue sur des routes sinueuses, de très bonne qualité dans la région sauvage du maestrazo. De chaque côté le relief tourmenté offre des paysages de toute beauté. Un tunnel ouvre sa grande gueule nous avale pour nous recracher 300 mètres plus loin, en plein village de ‘Castellote’. Tout de suite c’ est l’ étonnement doublé d’ une impression de quiétude, de calme. Claire, efficace bien que surveillée de très prés par Bernadette, nous conduit au pied d’ arènes modernes, belles même si sculptées dans le béton. C’ est un petit village au passé médiéval.

Casttelote
Casttelote
Casttelote
Casttelote
Casttelote
Sa silhouette élancée se dresse au sommet d’ un promontoire rocheux. Il bénéficiait, à une époque lointaine, de la protection du château tenu par les Templiers. Les falaises descendent à pic vers la vallée de la Guadalope. Son histoire est aussi marquée par la guerre civile. Il y est question de vengeance, de délation etc...la bassesse humaine caractéristique de ces époques troublées. ’Castellote’ c’ est aussi une ancienne mine de charbon qui a employé les villageois jusqu’ à un passé assez récent, en contrebas un barrage, au loin des éoliennes.

Au gré de ses rues étroites, on découvre une architecture très riche, des ruelles escarpées faites de galets soigneusement alignés. L’ église « San Miguel » de style gothique est typique de la région. Lors de notre passage, le clocher semble en rénovation. Sur des images d’ archive l' église est dépourvue de cet appendice. Il est donc simplement en construction. Nous ne saurions dire s’ il a un jour existé ou pas.

château Castellote
château Castellote
château Castellote
château Castellote
château Castellote
château Castellote
château Castellote
château Castellote
château Castellote
château Castellote
Du haut des remparts, nous admirons l’ ermitage de la « Virgen del Agua ». C ‘est toujours un étonnement, un questionnement aussi. Comment ont ils pu édifier là des bâtiments d’une telle importance? Nous apprécions aussi la beauté simple de ses vieilles constructions en pisé que viennent malheureusement balafrer des renforts en parpaings. Le surlendemain, le temps s’ assombrit et nous devons revoir l’ itinéraire de la randonnée que nous comptions faire. Elle se limitera à 7 ou 8 kilomètres autour de la mine de charbon. Itinéraire sympathique sur lequel nous croisons des chèvres ibériques, autrement appelées bouquetins.
mine castellote
mine castellote
mine castellote
mine castellote
mine castellote
mine castellote
mine castellote
mine castellote
mine castellote
mine castellote
Ils seraient issus de la même souche que le bouquetin des Pyrénées. Soit disant très craintifs ils se laissent approcher, à distance de sécurité quand même. Pourtant une heure avant, notre chienne «kally»leur a proposé une course au milieu des amandiers en fleur.

ermitage 'virgen del agua' Il est temps de quitter ce lieu si agréable. Nous arrêterons là notre promenade en Espagne. Écourtant notre séjour pour diverses raisons nous préférons rentrer et préparer le mois de mai que nous passerons au Maroc. Certaines choses sont à revoir sur le camion et quelques modifications futiles sont à prévoir. Le retour se fait d’ une traite. Les 460 kilomètres jusqu’ à la frontière sont honorablement avalés en un peu moins de 7 heures. Nous retiendrons de ce petit tour que l’ Espagne, dans ce que nous avons vu, offre des paysages spectaculaires. La végétation pour sa part reste peu variée et peine à se développer se satisfaisant d’ un sol pierreux et sec. Le manque d’ eau récurant est un souci actuel mais risque de devenir un drame à court terme. La production végétale principale, le blé, ne demande pas d’ arrosage. Pourtant en ce mois de février, les jeunes plants sont arrosés. Qu’ en sera t-il dans un mois ou deux alors que les ressources sont au plus bas? Qu’ en est il plus au sud, au Maroc? Nous savons que là bas aussi le climat se dérègle, que la chaleur tarde à arriver. Le mieux sera d’ aller vérifier.

haut de page