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ENVIE D'ERRANCE

Bonjour à tous
Aujourd'hui nous sommes le 16/11/2018 20:34:03.

La paperasserie douanière semble un peu complexe au premier abord. Heureusement de nombreux marocains sont là pour nous conseiller, nous guider. Ce service qui me ravit naïvement ne sera pas gratuit. Avant le dernier contrôle, l’ individu qui s’ est attitré notre camion nous demande le petit quelque chose. Premier d’ une longue série de bakchichs. Il faut avoir en poche beaucoup de pièces de 10 dirhams (un euros) afin de remercier guides et gardiens croisés sur la route mais aussi des cigarettes européennes, des vêtements, des gâteaux... Le poste passé, nous plongeons dans un Maroc étonnant.

L ‘ après midi est déjà bien avancé. La circulation dense dans les villes, en ce premier mai, nous amène à revoir notre façon de conduire en nous adaptant à un code de la route singulièrement allégé. Ce premier bain dans l’ agitation du nord Maroc me demande une vigilance extrême. Nous ne pourrons rejoindre « Moulay-Bousseilham » sur la côte atlantique ce soir. La fatigue et le stress nous font nous arrêter sur une aire d’ autoroute. Après un repas copieux dans le restaurant nous partons pour le territoire de Morphée sous la vigilance du gardien local.

camping moulay
vue nord Maroc
charette
lagune
homme sur petit cheval
cumulus au bois

Le lendemain, nous quittons l’ autoroute pour nous enfoncer assez rapidement dans le marché d’ un petit village. Le véhicule avance doucement dans une marée humaine mais aussi au milieu de moutons, chèvres, ânes et vieux Mercedes. C’ est au rythme de cette vague qui s’ ouvre et se referme aussitôt, que nous nous frayons un passage. Nous arrivons enfin au camping de « Moussay-Bousseilham ».

Cette traversée Est Ouest nous a montré un Maroc densément peuplé avec des plaines fertiles riches et pourtant sous exploitées, une population agréable, souriante, vivant sur un rythme tranquille. Habitués au tourisme, les enfants mais aussi quelques adultes, ont pris l’ habitude de quémander dirhams et cigarettes. Le petit village qui nous accueille, se situe entre « Larache » et « Kenitra ». C’ est un petit bijou heureusement protégé du bétonnage par la réserve naturelle de « Merja Zerga ». Une lagune immense occupe la partie sud. Pour nous c’ est une étape reposante avant la descente vers le Sud. C’ est aussi la rencontre avec Hassan, le pêcheur. Une personne attachante et lucide qui nous présente son village sans oublier de nous proposer, si nous repassons par là, une promenade sur la lagune avec langoustes grillées sur la plage. Nous verrons cela...

Nous parlons du Maroc, des terres riches du Nord que les espagnols commencent à s’ approprier, de l’ eau abondante contrairement à l’ Espagne en déficit chronique. En cette période d’ élection présidentielle en France, à l’ image de beaucoup de personnes rencontrées, il s’ inquiète du score de l’ extrême droite. Pour l’ instant le pays nous a présenté son côté le plus riche, nous allons nous déplacer maintenant vers sa chaîne montagneuse, ver l’ Atlas. Au programme de la journée, « Meknes », « Azrou » et son camping des « cerisiers ».

Petit à petit le paysage s’ assèche et les plaines fertiles laissent place à une végétation plus rabougrie. De nombreux troupeaux de moutons errent sous la surveillance invisibles des bergers. Les oliviers omniprésents côtoient des champs de blé, de betteraves sucrières et quelques plantations de cannes à sucre. Les cultures maraîchères apparaissent sous la forme de grandes étendues de champs d’ oignons rouges. Étrangement nous ne voyons que peu de cultures d’ autres légumes. En cette période de moisson nous croisons des camions d’ où débordent de toutes parts des bottes de pailles, alors que ânes et petits chevaux tirent leurs charrettes, souvent seul moyen de locomotion des petits paysans. Cette charrette justement tend à être remplacée par un tricycle motorisé. Le ‘docker’ se trouve sur une base de moteur de 125 à 150 cm³ posé sur un châssis renforcé. A l’ arrière une caisse de 1,5m de côté accueille tout ce qui est possible. Certains ont même un autoradio.

Nous passons la grande ville de « Meknes » et nous enfonçons dans les premiers contreforts du moyen Atlas. A "Azrou" nous aurons notre premier problème. Après une nuit dans le charmant camping des 'cerisiers' je constate que une des roues est à plat. ce n' est pas une mince affaire que de changer une roue la dessus. Je décide de regonfler et descendre au village. Le mécano mettra trois heures pour régler la chose. L' absence d' une protection intérieure est à l' origine de la creuvaison. Heureusement j' ai une chambre à air de secour. Le jeune homme qui effectue les travaux est muet et un peu crispé au début. Peu à peu il se libère et nous parvenons à échanger. En début d' après midi, nous reprenons la route. Au loin les sommets enneigés du Haut Atlas nous rappellent que la montagne d’ ici n’ a rien à envier aux Alpes ou Pyrénées. Nous quittons le bitume monotone pour nous enfoncer sur la route ‘des Cèdres’.

Après des ascensions qui se méritent, l’ Atlas offre des paysages de plateaux à haute altitude. Nous louvoyons sur ces chemin à 2000 mètres.
relief moyen atlas
inscription sur versant montagne
singe ùagot
forêt cèdres
forêt cèdre
piste moyen atlas
moutons sur route
conducteur mb911
camping cerisiers
Là encore des troupeaux de moutons, les petites chèvres noires font leur apparition ainsi que les singes ‘magot’ ou ‘macaque berbère’. Cette contrée dépeuplée couverte de cèdres millénaires est belle, entretenue et gérée par une multitude de bûcherons. C’ est d’ ailleurs sur une piste forestière que le camion va subir son baptême du tout terrain.

Malgré ses 2,50m de large il se faufile gentiment entre ces grands arbres, parfois violemment secoué par une ornière, parfois laissant traîner une roue dans un bas côté effondré. Les pentes de 15 à 20 % sont descendues en seconde voire première et le moteur ronronne, permettant de solliciter le frein le moins possible. S’ il avait fallu monter cette piste, sans doute aurais je été obligé d’ enclencher le pont avant. Ce ne sera pas pour tout de suite. Que nous soyons en forêt, sur les plateaux herbeux, nous ne sommes jamais seuls. Partout des campements, des bergers, des bûcherons, des enfants mendiant un dirham, un stylo, des adultes réclamant une cigarette, du pain, un vêtement. Pour notre prochain séjour il nous faudra penser à apporter avec nous ces choses demandées et faire des distributions raisonnées de temps en temps. Dés que la piste nous ramène à des altitudes inférieures, des villages apparaissent, souvent au bord d’ un cour d’ eau (un oued).

plateaux altitude
route altitude
piste altitude
village de toiles plastiques
route des cèdres
route des cèdres
camion sur pistes
route des cèdres
culture blé
versant sous la brume
relief d' altitude
oued
Là où nous mettons un point de fierté à passer avec le gros, d’ autres ici font cela quotidiennement a pied, âne, cheval ou vieille camionnette. Certains villages sont raccordés au réseau électrique, il me faut, alors, faire attention à la hauteur du camion tout en l' engageant dans des ruelles étroites, très étroites. Parfois, dans un angle, il ne reste que quelques petits centimètres mais ça passe.

Nous courons sur des hauts plateaux puis descendons sur « Beni Mella » ville moderne,ville neuve. Notre objectif de la journée est la cascade d’ Ouzoud. Lors d’ une halte dans le village de « Boumia » nous sommes interpellé par un étrange ballet de magnifiques chevaux. Certains arrivent par la route sur le plateau de voiture. D’ autres sont revêtus de parures somptueuses et leurs cavaliers, tout de blanc vêtus, ont fière allure. Nous arrivons au bon moment, une ‘Fantasia’ va avoir lieu.

cheval sur voiture
fantasia
fantasia
fantasia
fantasia
fantasia
fantasia
fantasia
fantasia
C’ est un spectacle simulant des assauts de cavaliers berbères se ponctuant par un tir simultané avec de vieux fusils à poudre noire. Le jugement des assauts se fait sur une chorégraphie, l’ alignement en début de charge et la simultanéité des déflagrations. Cent cinquante chevaux représentent ici les notables du village. Ces magnifiques chevaux arabes sont des ‘formule un’ difficile à maîtriser d’ où la difficulté a réussir la séquence d’ assaut. Trop accaparé par ce spectacle nous laissons filer le temps et devons annuler notre visite à la si belle cascade. Peu importe, nous nous mettons progressivement au rythme tranquille de ce pays.

La mesure est prise, je conduis maintenant sans aucun stress, juste conscient que sur la route le mouton est roi, que tout le monde ne maîtrise pas forcément la conduite, que pour certain le code de la route est une notion secondaire et qu’ il faut s’ adapter, anticiper. Pendant que nous roulons vers « Marrakech »je fais le point sur ce premier test. Je ne m’ inquiète pas pour le véhicule par lui même, il est capable d’ encaisser bien plus que cela et le fera d’ ailleurs bien plus tard. Ce sont les aménagements que je surveille. Lors de la construction, j’ ai particulièrement réfléchi à cela, usant de mastic souple pour faire des joins capables d’ encaisser les torsions de la cellule. Pour l’ instant c’ est bon. « Marrakech » pointe son nez avec son agitation, sa beauté et son minable camping.

Sur la route de Casablanca, nous jetons l’ encre dans ce camping plus proche du simple parking que d’ un havre de tranquillité. Ici stationnent les véhicules d’ assistance d’ un rallye automobile et quelques voyageurs à notre image. Le seul avantage se trouve dans le prix du service, 45 dirhams (4,5 euros). Désolé, je ne vous parlerai pas de cette grande ville.

Désolé je ne vous vanterai pas la place « Jemaa-el-Fna » ou la mosquée « Koutoubia » simplement parce que nous ne nous sommes pas attardés, préférant le calme et l’ air pur de la campagne avoisinante. La place est un piège à touristes dans lequel chacun a le droit de se laisser prendre, c’ est pas notre truc. Nous sommes ici pour rencontrer ‘Rachida’.

Par l’ intermédiaire d’ une association, j’ ai un colis à lui remettre et par là même, faire sa connaissance et lui poser quelques questions sur son pays. C ‘est une personne généreuse très investie dans l’ aide à la personne. Elle a créé une association dont la priorité est d’ aider les femmes. Mais elle s’ est rapidement généralisée vers les gens en général. Pour résumer les quelques phrases clés de Rachida nous dirons qu ‘ici la femme pense que si son mari la bat, c’est qu’ il l’ aime. La femme a le droit de divorcer au Maroc et l’ association l’ aide dans ce parcours. 60 enfants sont abandonnés tous les jours et des structures se créent pour avaler ce flot incessant de petits orphelins. Le poids de la tradition et de la religion font qu’ une femme ayant eu un enfant hors mariage est bannie et ne pourra réintégrer sa famille qu’ en abandonnant le bébé. La faute aussi à la pauvreté bien sûr. Les villages d’ enfants font en sorte de garder le lien entre ces enfants et ces mamans afin qu’ un jour, peut-être, la réunion soit possible. Sur « Marrakech » par exemple un opticien de bonne famille a décidé d’ aller s’ installer à 80 km de l’ agglomération pour y œuvrer auprès des plus démunis, créant au passage un village d’ enfants. Ce village si particulier, à l’ image des autres, est demandeur de tout, argent, vêtements, nourriture, fournitures scolaires et même bénévolat. Sur « Marrakech » je ne dirai que quelques points de détail qui me questionnent. Ici se trouvent 23 et bientôt 25 terrains de golf ou plutôt, devrais je dire, 25 lotissements pour personnes très aisées et souvent étrangères au pays. Pour créer ses espaces il faut enlever des palmeraies qui sont le symbole de la ville. C’ est pour cela que l’ arbre meurt par endroit d’ une maladie étrange. Rachida nous explique qu’ ils sont simplement empoisonnés, laissant le champ libre aux promoteurs.

Demain nous verra descendre plus au sud encore vers « Taliouine », vers d’ autres paysages d’ autres pistes qui deviennent de plus en plus sévères. Pour le moment le Maroc nous a présenté un visage que nous n’ attendions pas. Riche et verdoyant au Nord, touristique aussi, haut voire très haut au centre, peuplé de forêts de Cèdres, de vastes pâturages à l’ herbe chétive, de village de terre. Une population joyeuse, radieuse même si manquant de beaucoup de choses. Nous avons aussi senti cette volonté Berbère de trouver sa place dans un Maroc dominé par les Arabes. Ici 80 % de la population est Berbère et commence à le faire savoir. Leur emblème est « l’ homme libre » mais nous en reparlerons.

Nous sommes actuellement tout près de Ouarzazate. Dans un camping superbe dont je vous reparlerai dans le prochain article. Il fait presque 40° dans la journée et c' est assez difficile à supporter. Nous avons testé le camion sur des pistes très dures, cassantes, dans le sable aussi avec un ensablage à la clés mais ça c' est une autre histoire....

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