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ENVIE D'ERRANCE

Bonjour à tous
Aujourd'hui nous sommes le 17/08/2018 01:38:37.

Nous avons donc titillé l’ un des itinéraires empruntés par le « Paris Dakar ». Après six heures sur et hors pistes, à la tombée de la nuit, nous nous installons pour une nuit réparatrice. Seuls au monde, nous passons un moment à admirer les étoiles. Bien vite, malheureusement, la fatigue se manifeste et nous rejoignons le royaume des songes. Le lendemain les roues retrouvent le macadam, juste avant que le T3 ne tombe en panne. Le galet tendeur de la courroie d’ alternateur a rendu l’ âme. La réparation étant impossible, ‘Helmut’ est mis à contribution. Pas peu fier, le gros, de montrer sa force et de tirer sur 40 kilomètres, ce petit gringalé si agile dans les dunes.

dromadaires
T3 en panne
traction du T3
pastèques en plein désert
pastéques du désert
Arrivés à « Foum Zguid »nous trouvons un garage ridicule, à côté d’ un autre identique. Si j’ écris ‘ridicule’ ce n’ est pas pour juger, juste pour insister sur les apparences qui masquent un réseau puissant. Trois heures plus tard, après adaptation d’ une pièce de ‘Mercedes’, le petit suppositoire orange reprend du service. Il aura droit à une révision sérieuse à « Zagora » 120 kilomètres plus loin.

Nous nous installons au camping dans l’ oasis proprement dite. Autour, un labyrinthe de murs d’ adobe qui protègent des jardins de tailles variables. Dans un baraquement, une pompe palpite au rythme d’ un cœur humain. Le sang de la terre s’ écoule dans de larges canaux. Cet endroit incarne une certaine douceur de vivre. C ‘est ce qui me marque un peu partout. Cette sorte de cohabitation entre la vie et la mort, la violence et la dureté du relief, du climat et ces havres de paix, ces forteresses que représentent les oasis. Je ressentirai cela encore plus fort à « Tazzarine », nous y reviendrons. Dans la soirée, un mécanicien se promène dans le camping. Le réseau s ‘ est activé, ON sait que nous sommes là et qu’ un véhicule est à la peine. Le frère d’ Ali Nassir (mécano très réputé ) vient nous voir et nous prenons rendez-vous pour le lendemain. Il sait que le T3 est tombé en panne à « Foum Zguid », rapidement il vérifie la réparation. Bernadette l’ interpelle.
_ Mais comment savez vous que le camion est tombé en panne ?
_ Le téléphone arabe, Madame, le téléphone arabe….
Le lendemain, les graissages sont faits, les véhicules lavés, nous repartons vers Tazzarine.

A la sortie de « Zagora » nous prenons une route parallèle à l’ axe principal. Nos amis décident de partir vers des pistes plus dures, le T3 est en forme. Notre route se transforme vite en piste traversant de petits villages. Nous remontons cette vaste oasis sur une quinzaine de kilomètres. Petit à petit la piste rétrécit, rétrécit encore.

oasis
oasis
oasis
construction dans le désert
piste vers Zagora
piste vers Zagora
piste obstruée par un âne
piste serpente dans l' oasis
reliefs vers Tazzarine
signe de l' homme libre
Au sortir d’un village, la largeur de la piste donne peu de marge au camion. Si cela continue nous serons quitte pour une marche arrière et un demi tour dés que possible. Un âne, attaché là, décide de nous barrer la route. Mes tentatives de l’ écarter se soldent par un échec. Chaque fois que je remonte dans le camion, il vient se blottir contre, cherchant l’ ombre peut-être. C’ est à Bernadette d’ intervenir. Les ânes, on connaît, et celui là tout petit ne va pas nous bloquer plus longtemps. Elle pousse donc le gêneur qui lui décoche une ruade extrêmement vive. Heureusement le coup frappe le pare-choc surprenant mon copilote. Comment ce petit bestiau, dont ces compères prennent des raclées sans la ramener, peut-il nous faire ça à nous? Y a t il une attitude particulière pour les touristes de notre sorte ? Nous repartons, traversons un minuscule pont. Il tient. Encore 500 mètres et nous rejoignons la route.

La route s’ étire dans ce décor minéral. Nous nous pensons seuls, pourtant la vie est partout. Ici au milieu de rien, un enfant de moins de dix ans nous interpelle au bord de la route. D ‘où sort-il ? Là un troupeau de chèvres. Que peuvent-elles manger, où est le chevrier ? Puis apparaissent les premières cultures de pastèques. Des pastèques dans le désert !!! La ville de « Tazzarine » nous semble bien moins agréable que « Zagora ». Elle manque d’ eau. Beaucoup de dattiers sont à la peine, en train de mourir. Nous nous approchons du camping tant vanté par de nombreux voyageurs. Pourtant rien ne laisse présager d’ un lieu plaisant. Nous prenons une piste louvoyons au milieu d’ arbustes qui souffrent. D’ un coup, une forteresse apparaît. C ‘est ma première impression. Derrière des murs d’ adobe traditionnels, une végétation en pleine vigueur apporte un peu de fraîcheur. Pourtant nous devons avoisiner les 38 à 40 degrés à l’ ombre. A l’ intérieur, nous entrons dans un autre monde, encore plus fort qu’ à « Zagora ». Cela me met, parfois, mal à l’ aise. Comme si le mal environnant attendait son heure. Malheureusement je ne prendrai pas de photos des lieux. L’ homme qui nous accueille inspire d’ entrée une certaine sagesse.

Lors de nos discussions, il évoque les sécheresses de 2004 et 2005 qui ont fragilisées l’ agriculture locale. Suite à cela, son père a décidé d’ arrêter cette activité pour se tourner vers l ‘ accueil des voyageurs de tout poil. Il nous parle des précipitations qui se font rares, des oueds qui dévastent tout, des forages qui assèches les nappes (les fameuses pastèques entre autres). Il nous parle de la sagesse de son père qui déteint sur lui. Il nous apprendra qu’ ici, la culture des légumes principaux se fait de octobre à mars, qu’ après la nature s’ endort dans la fournaise. Ce soir là, nous dégusterons notre premier couscous marocain. La nuit est impressionnante de silence. Aucun bruit...Aucun bruit... Aucun bruit, pas un insecte, une grenouille, pas le moindre moustique, pas de moteur, de bruissement de feuille. Aucun bruit...

Le lendemain nous partons pour « Merzouga » et ses dunes de sable. Petit à petit, le relief s’ affaisse et la chaleur s’ accentue. Sur les versants des plaques de sable apparaissent. Quand les derniers remparts pierreux s’effacent enfin c’ est pour laisser place aux premiers mamelons sableux. Nous passons du gris au jaune d’ or en même temps que la fournaise s’ abat sur nous. Le secteur sort de 3 semaines de vent de sable. Même ici, l’ épisode semble avoir laissé des traces dans le moral. Il fait 44 à 45 degrés à l’ ombre. Heureusement, le camping qui nous accueille abrite une superbe piscine que nous fréquenterons durant nos deux jours d’ escale.

relief vers Tazzarine
relief vers Tazzarine
sable commence à apparaître
de plus en plus de sable
les premières dunes au loin
promenade sur la dune
le désert de sable, enfin
le désert de sable, enfin
les camions matraqués par le soleil et nous dessous
Nous n’ irons pas plus loin. « Merzouga » est le point extrême de notre périple. Maintenant il va nous falloir remonter tranquillement par les « gorges de Todra ».

La chaleur extrême nous a assommé. Pourtant, comme un froid sec, c’ est supportable. Nous n’ avons jamais l’ impression de transpirer par contre nous n’ arrivons pas à nous réhydrater correctement, suffisamment. C ‘est donc sans regret que nous remontons doucement vers le nord. Avant de rentrer dans les gorges nous passons la nuit dans un petit camping. A cette époque, ils sont tous vides, nous sommes chez nous. C’ est la saint Eric. Alors que je manifeste l’ envie violente de manger un morceau de saucisson, Marie Lo trouve un bout de charcuterie dans un coin de la glacière. 3 centimètres d’ un morceau sec et rance qu’il faudra partager en quatre. Un morceau agrémenté par un vin rouge espagnol que nous n’ avons pu fourgué à personne et qui a subi 50 ° voire plus, du côté de « merzouga ». Un festin en quelque sorte. Heureusement, à côté de cela, Bernadette cuisine l’ essentiel de ce repas frugal. L’ anti atlas réapparaît, puis le moyen atlas. Doucement la route s’ élève jusqu’ à 1000 mètres. Les remparts autour de nous deviennent abrupts. Les gorges ne sont pas loin.

magnifique village de terre, blottis dans l' oasis
magnifique village de terre, blottis dans l' oasis
magnifique village de terre, blottis dans l' oasis
repas de fête
repas de fête
en approche des gorges de Todra
en approche des gorges de Todra
gorge de Todra
gorge de Todra
gorge de Todra
gorge de Todra
gorge de Todra

L’ entrée s’ impose tout à coup et je ne peux retenir un sourire. J’ ai l’ impression d’ entrer dans un film. Combien pourraient s’ inspirer de tous ces paysages magnifiques comme décor d’ un ‘madmax’ ‘seigneur des anneaux’ ou autre starwar. Dans cette tranchée, le soleil n’ apparaît que peu, voire pas du tout. Il n’ y a de place que pour un oued et une route soit 30 mètres de large sur une longueur de 1 kilomètre à peu prés. Quant à la hauteur....... Parfois, quand la place le permet, des vendeurs en tout genre s ‘installent. La route suit l’ oued et va sérieusement monter, le gros va devoir piocher dans ses réserves. Au milieu de ce décor rocheux, le long de l’ oued, de minuscules zones cultivées sont entretenues par de petites mains. En quelques kilomètres nous nous retrouvons à 2600 mètres. Ici l’ air est un peu plus frais et nous respirons à pleins poumons pendant que les moteurs refroidissent.

à la sortie des gorges
petite bande culture
ces constructions sont souvent des chambres d'hôtes.
ascension vers un col à 2500m
ascension vers un col à 2500m
ascension vers un col à 2500m
ascension vers un col à 2500m
ascension vers un col à 2500m
ascension vers un col à 2500m
ascension vers un col à 2500m

L’ essentiel est fait. Nous remontons tranquillement vers « Azrou ». Au delà, le paysage ne représente rien de bien particulier. Ce pourrait-être une région française. Nous traversons des terres arables où la culture du blé domine. En nous approchant de « Moulay-Bousseilham » les cultures légumières dominent ainsi que les vergers. Là nous retrouvons le troisième équipage que nous avions laissé à « Tata ». Sylvie et Didier nous attendent pour ponctuer ce séjour au Maroc. Pas de Hassan en vue et donc pas de langouste au programme, juste un dernier couscous lors des ultimes emplettes. Le soir, nous dégustons des soles grillées au barbecue et le lendemain, nous partons pour l’ enclave espagnole de "Ceuta".

en cette période de moisson nous croisons souvent ce genre de chargement
sole grillée au programme de ce dernier repas au Maroc
sole grillée au programme de ce dernier repas au Maroc
autre moyen de transport, costaud le petit âne
le docker qui remplace les petits ânes progressivement
Nous avons juste occulté que, quelques jours avant, un attentat s’ est produit en Angleterre. Nous sommes bloqués sur une bande de 1.5 kilomètres de long sur 5 files, dans l’ impossibilité de bouger et donc vulnérables. Cet état s’ ajoute à un sentiment d’ impuissance. Nous ne pouvons donner quoi que ce soit à ces jeunes voire très jeunes clandestins qui nous interpellent. Si nous le faisons, nous créerons un déséquilibre dangereux. Une nuée se présentera et nous serons en mauvaise posture. Il n’ y a pas de risque particulier mais le camion attire l’ attention de nombreux candidats qui étudient le gros sous toutes les coutures. Nos amis sont derrière et surveillent, nous nous servons de nos rétroviseurs pour en faire autant. L’ Europe a fermé sa frontière, quand elle l’ ouvre, en milieu d’ après-midi, c’ est pour vérifier chaque véhicule plus méticuleusement que d’ habitude.

Il nous faudra huit heures pour retrouver ce petit morceau d’ Europe. Nous croyons le plus dur effectué mais une surprise nous attend au moment de l’ embarquement dans le ferry. Lors d’ un deuxième contrôle de la douane espagnole, un chien est chargé de vérifier si de la drogue est présente. D ‘un seul coup les douaniers s’ agitent. L ‘un d’ eux me dit.
« _inmigrante »
Un gamin de 13 ou 14 ans a trouvé le moyen de s’ harnacher sur l’ essieu du camion. Il est sorti sans ménagement, effrayé par le chien. En ces quelques heures nous venons de côtoyer la désespérance humaine. Je ne parle pas de misère, ça c’ est juste avant. Ici on ne pense qu’ à passer ou à mourir et rien d’ autre.

Nous remontons vers la France avec de magnifiques souvenirs. Pourtant le drame qui se joue tous les jours sur la frontière européenne est venu mettre un bémol sur tout cela. Nous avons vu, sommes témoin. Cela restera dans un coin de notre tête. Le camion avale les kilomètres. Son séjour en Afrique du Nord lui a donné des ailes. Il a du se dégommer un peu car il roule mieux et donc un peu plus vite. Maintenant, à 85 km/h nous sommes à l’ aise et le moteur ronronne. 'Helmut' nous a donné entière satisfaction. Son confort, sa maniabilité sa robustesse nous ont comblé, même si quelques réparations sont au programme. Parfait donc, pourtant…. Mais bon ça c’ est une autre histoire.

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